16/04/2026
Commentaire du marché
Une guerre change tout
Le déclenchement de la guerre au Proche-Orient et la fermeture du détroit d’Ormuz qui en découle dominent l’actualité des marchés financiers. Ce détroit est l’une des voies maritimes les plus importantes au monde : une part considérable du pétrole et du gaz liquéfié mondial y transite. L’interruption de cette voie d’approvisionnement a entraîné une forte hausse des prix de l’énergie en très peu de temps. Les conséquences sont considérables : l’inflation augmente, la croissance économique risque d’être freinée et les banques centrales sont confrontées à un dilemme difficile.
Les marchés boursiers ont réagi dans le monde entier et ont sensiblement reculé depuis fin février. Néanmoins, l’économie américaine a globalement bien démarré la nouvelle année. Les dépenses de consommation, les bénéfices des entreprises et la production industrielle américaine ont évolué mieux que prévu. Le marché du travail américain se montre stable, même s’il manque de dynamisme. La croissance de l’emploi n’est plus aussi généralisée que les années précédentes. La guerre en Iran a toutefois assombri le tableau.
La hausse des prix de l’énergie a de nouveau alimenté l’inflation américaine. La Réserve fédérale américaine a donc laissé ses taux inchangés et devrait maintenir cette politique pour l’instant. Les baisses de taux attendues devraient être reportées. Parallèlement, les consommateurs américains s’inquiètent de plus en plus pour leur pouvoir d’achat, ce qui pèse sur le moral.
Suisse : un havre de paix, mais pas épargnée pour autant
L’économie suisse se montre relativement résistante en comparaison. L’inflation est très faible, à peine supérieure à zéro pour cent. Le marché du travail s’est stabilisé et les perspectives économiques étaient encore positives jusqu’à récemment. La Suisse bénéficie du fait qu’elle est moins dépendante du pétrole et du gaz que ses voisins européens, ce qui atténue quelque peu le choc des prix de l’énergie. Comme prévu, le franc s’est apprécié dans ce contexte d’incertitude. Si cela est à peine perceptible au quotidien pour de nombreux Suisses, cela pèse toutefois sur l’économie suisse, orientée vers l’exportation, car ses produits deviennent ainsi plus chers à l’étranger.
La Banque nationale suisse a maintenu son taux directeur à zéro pour cent et a signalé son intention d’intervenir sur le marché des devises si nécessaire afin d’empêcher une appréciation excessive du franc. Aucune baisse ni hausse des taux d’intérêt n’est actuellement prévisible. Avec l’effondrement en mars de l’important baromètre conjoncturel de l’ETH Zurich, les perspectives pour l’économie suisse se sont également assombries. L’indicateur est repassé sous sa moyenne à long terme pour la première fois depuis plusieurs mois. Cela constitue un premier signal d’alerte indiquant que les répercussions du conflit se font de plus en plus sentir en Suisse. Une poursuite de la trajectoire de croissance actuelle semble de plus en plus improbable si le conflit perdure.
Europe : entre espoirs de reprise et nouveau choc énergétique
Au début de l’année, l’économie européenne s’engageait prudemment sur la voie de la reprise. L’économie allemande, en particulier, montrait les premiers signes positifs, soutenue par des mesures de politique budgétaire telles que l’augmentation des dépenses de défense et des programmes d’infrastructure. En France, en revanche, la situation restait difficile : le climat économique était morose et la croissance se faisait toujours attendre. La zone euro dans son ensemble a enregistré une reprise modérée, mais fragile.
La guerre en Iran a considérablement perturbé cette reprise. L’inflation dans la zone euro a sensiblement augmenté en mars et se situe désormais au-dessus de l’objectif de la Banque centrale européenne. La hausse des prix de l’énergie se répercute rapidement sur les prix à la pompe et les frais de chauffage. Le moral des entreprises européennes s’est détérioré, en particulier dans les secteurs à forte intensité énergétique et dans le secteur des services.
La confiance des consommateurs a atteint dans la zone euro son plus bas niveau depuis des années. Dans ce contexte, la Banque centrale européenne est confrontée à un choix difficile : d’une part, le choc des prix de l’énergie fait grimper l’inflation, d’autre part, il affaiblit la croissance économique. Il est pratiquement impossible de lutter contre ces deux phénomènes simultanément. À cela s’ajoute le fait que la situation varie considérablement d’un État membre à l’autre, ce qui complique encore davantage la mise en œuvre d’une politique monétaire uniforme. Les marchés financiers anticipent déjà des hausses de taux d’intérêt, et les principaux instituts de recherche économique ont nettement revu à la baisse leurs prévisions de croissance pour les années à venir.
Marché actions
Le mois de mars a été marqué par le conflit avec l’Iran et les chocs sur les prix de l’énergie qui en ont découlé. Les marchés boursiers ont reculé dans le monde entier, les marchés asiatiques étant particulièrement touchés. La Corée du Sud, le Japon et la Chine ont enregistré des pertes parfois considérables, l’Asie étant fortement dépendante des approvisionnements énergétiques transitant par le détroit d’Ormuz. Les marchés européens ont également souffert, en particulier les secteurs à forte intensité énergétique, qui subissent déjà les répercussions des précédents chocs des prix de l’énergie. Les marchés américains se sont montrés un peu plus résistants en raison de la plus grande indépendance énergétique du pays. Les actions des secteurs de l’énergie et des matières premières ont en revanche profité de la hausse des prix et ont figuré parmi les rares gagnants du mois.
Taux d’intérêt
Le mois de mars a marqué un tournant significatif sur les marchés des taux d’intérêt. Au début de l’année, les marchés financiers tablaient encore sur de nouvelles baisses de taux, notamment aux États-Unis et en Europe. La guerre en Iran a radicalement bouleversé ces anticipations : la hausse des prix de l’énergie et les pressions inflationnistes croissantes ont entraîné une forte augmentation des rendements des obligations d’État à l’échelle mondiale. Toutes les grandes banques centrales ont maintenu leurs taux directeurs inchangés, mais le marché s’attend désormais même à des hausses de taux. La BCE est particulièrement sous les feux de la rampe, car elle doit tenir compte à la fois de la hausse de l’inflation et du ralentissement de la croissance. La BNS reste à zéro pour cent, et là non plus, aucune modification des taux n’est à prévoir dans un avenir proche.
Devises et matières premières
Le mois de mars a été marqué par des fluctuations importantes des prix des énergies. Le prix du pétrole a augmenté d’environ 50 %, tandis que celui du gaz naturel européen a même grimpé d’environ 60 %. Les prix du gaz aux États-Unis n’ont en revanche guère réagi, le pays étant largement indépendant sur le plan énergétique. Le dollar américain s’est nettement apprécié par rapport à l’euro et au franc suisse, confirmant ainsi son rôle de monnaie de référence mondiale en période d’incertitude économique. L’or, en revanche, a nettement perdu de la valeur malgré le contexte de guerre, les anticipations de hausse des taux d’intérêt et la vigueur du dollar américain ayant pesé sur le métal précieux. Le cuivre a également reculé, en raison des craintes liées à la croissance.
